Vos Poèmes Préférés...?Modérateurs: Les Amazones, Les Chevaliers
INSCRIPTION
Toi qui vivras plus loin que moi Sois fidèle au soleil. Il est sous terre Des printemps à naître qui s'épient Et te supplient. Responsable instant de la totalité de la terre Garde l'eau pure et le regard heureux. Jean MALRIEU (1915-1976), La Vallée des Rois VIVRE ET LAISSER VIVRE
LE LAI DU CHEVREFEUILLE
Tristan longtemps a demeuré Et attendu et séjourné Pour épier et pour savoir Comment il la pourra revoir : Il ne peut vivre sans Iseult Car il en était ainsi d'eux Comme il en est du chèvreufeuille Qui s'est à la coudre attaché : Quand il s'est enlacé et pris Et tout autour du fût s'est mis Ensemble ils peuvent bien durer. Mais si l'on veut les séparer La coudre meurt hâtivement Le chèvrefeuille également. "Ma belle amie, ainsi de nous, Ni vous sans moi, ni moi sans vous !" Marie de France (fin du XII siècle) VIVRE ET LAISSER VIVRE
DE SOI-MEME
Plus ne suis ce que j'ai été Et ne le saurais jamais être, Mon beau printemps et mon été Ont fait le saut par la fenêtre. Amour, tu as été mon maître, Je t'ai servi sur tous les Dieux. Ah si je pouvais deux fois naître, Comme je te servirais mieux ! Clément Marot (1496-1544) VIVRE ET LAISSER VIVRE
Je ne veux pas chanter le peuple
Car je ne connais ni son étroite peine Ni son lent amour, ni ses guerres Légitimes, illégitimes, Je ne veux pas chanter les femmes Car je ne les connais pas Hors des créatures splendides Qui ne m'ont pas aimé Que je n'aurais su aimer. Je veux être un homme Ni trop droit, ni trop amer Doucement, longuement mourir Vivre parfois Parce que rien d'autres n'est possible. Yves MARTIN (1936-1999 VIVRE ET LAISSER VIVRE
LE DERNIER POEME
J'ai rêvé tellement fort de toi, J'ai tellement marché, tellement parlé, Tellement aimé ton ombre, Qu'il ne me reste plus rien de toi. Il me reste d'être l'ombre parmi les ombres D'être cent fois plus ombre que l'ombre D'être l'ombre qui viendra et reviendra dans ta vie ensoleillée. Robert DESNOS Domaine public, 1953 VIVRE ET LAISSER VIVRE
REDIS-MOI TON VISAGE ...
Redis-moi ton visage, redessine ta main je ne me souviens plus, exilée de caresse, redis-moi la note et la couleur je ne me souviens plus de l'odeur du matin. La lueur s'est cassée qui chantait dans mes yeux le crépuscule habite sous tes paupières closes, redis-moi le crépitement du feu l'or, l'arbre et le soleil redis-moi la parole et le geste je ne me souviens plus ... du sang, de ta douleur et de ma nuit je ne sais que la terre où tu dors enfermé. Mireille FARGIER Entre les points et la parole, 1981 VIVRE ET LAISSER VIVRE
IL RESTERA ...
La machine à laver du temps peut effacer les souvenirs d'amour, le vent peut dessécher l'humide des baisers ... Il restera au fond de nos regards le halo d'un sourire. La poussière des jours peut irriter les yeux, le fleuve d'habitude nous rouiller ... Restera dans le noir un éclat de sourire. Il restera qu'on s'est aimé. Armand MONJO Paraphes, 1991 VIVRE ET LAISSER VIVRE
VIVANT EN D'AUTRES COINS
Ecoute si la pluie rira dans tes os Quand une petite fleur épanouit ses pétales Au dernier tournant de la vie Ecoute si des yeux se fermeront derrière toi Ou devant ton désir L'étrange fille de l'air Rit de la fleur calcinée qui éclate à tous les coins de rue Et fait de ses cheveux des boucles pour les morts du cimetière Et fait de son corps Un vent plus frais que tous les désirs du monde Et son désir est aussi féroce Que la minute de fer qui pleure au grand château Des hiboux assis à la table du grand festin de larmes Jacques BARON Paroles, 1929 VIVRE ET LAISSER VIVRE
MON AMOUR ...
Mon amour tu ne chanteras plus tu ne courras plus vers d'autres matinées Tu auras oublié jusqu'au son de ma voix jusqu'aux mots les plus quotidiens que tu choisissais un à un comme des galets sur la plage Un jour le sang s'arrêtera de battre le rivage et la mer n'en sera même pas émue elle qui pourtant au plus fort de l'amour -quand tes yeux me clouaient à l'incendie des nuits- avait les mêmes pulsations. Mon amour tu ne te déferas pas lentement de ta jeunesse comme d'une peau morte à l'abri de la pluie vainement à l'abri des larmes Tu n'auras jamais la beauté troublante d'un marécage mais celle, sculptée, de l'arbre qui a connu la foudre. un jour je te tuerais mon amour et ce sera la fin de l'été. Denise Miège Au niveau de la mer, 1967 VIVRE ET LAISSER VIVRE
AUCUN SIGNE
J'ai éclaté de rire le long des maisons Où habitèrent mes amours pâles Des foulards des corsets fleurissaient les fenêtres Mais nulle n'apparaissait et je me sentais las. Que me sert de courir J'aurais toujours vingt ans Et toujours mes chemins me ramèneront Près des fenêtres noires Où nulle jamais n'apparaîtra. Paul Vincensini Toujours et Jamais, 1982 VIVRE ET LAISSER VIVRE
IL Y A DES FEMMES
Il y a des femmes sans désirs et qui restent seules avec l'amour elles ont le ventre gonflé de narcisses et de pluie et marchent lentement comme de belles bêtes quand la nuit tombe dans leur chambre elles avancent leur chair comme une vieille montre et attendent là silencieuses rêvant d'un dieu interdit à l'aube elles reculent les aiguilles et s'en vont piétiner l'ombre qui dort derrière les fenêtres Anne BERGER La Loi blanche, 1975 VIVRE ET LAISSER VIVRE
Sérénade.
Comme la voix d'un mort qui chanterait Du fond de sa fosse, Maîtresse, entends monter vers ton retrait Ma voix aigre et fausse. Ouvre ton âme et ton oreille au son De la mandoline: Pour toi j'ai fait, pour toi, cette chanson Cruelle et câline. Je chanterai tes yeux d'or et d'onyx Purs de toutes ombres, Puis le Léthé de ton sein, puis le Styx De tes cheveux sombres. Comme la voix d'un mort qui chanterait Du fond de sa fosse, Maîtresse, entends monter vers ton retrait Ma voix aigre et fausse. Puis je louerai beaucoup, comme il convient, Cette chair bénie Dont le parfum opulent me revient Les nuits d'insomnie. Et pour finir, je dirai le baiser De ta lèvre rouge, Et ta douceur à me martyriser, --Mon Ange! --ma Gouge! Ouvre ton âme et ton oreille au son De ma mandoline: Pour toi j'ai fait, pour toi, cette chanson Cruelle et câline. Poèmes Saturniens - Paul Verlaine
Chanson de toile
A quoi joues-tu En devenant Soleil et plume Lumière et vent Rêvant le rêve A revenir Qu'autant pareille A la passée De l'autre ville Où nous jouerons A devenir Rouben Mélik (né en 1921) En pays partagé VIVRE ET LAISSER VIVRE
Poème de 1958 dédié à Chostakovitch
LA MUSIQUE Il y a en elle un miracle qui brûle. Sous nos yeux, elle forme un cristal. C'est elle-même qui me parle Quand les autres ont peur de s'approcher. Quand le dernier ami a détourné les yeux Elle est resté avec moi dans ma tombe. Elle a chanté comme le premier orage Ou comme si les fleurs se mettaient toutes à parler. Anna Akhmatova (1889-1966) Requiem, Poème sans héros et autres poèmes traduction de Jean-Louis Backès VIVRE ET LAISSER VIVRE
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